II.2 Documents modernes d’ancien régime

La pièce d’archive la plus riche pour l’étude du château date de 1624.Il s’agit d’une enquête devant les Etats généraux du Languedoc, appuyant la demande de 50000 livres de dédommagement portée au roi par François de Bosquet, seigneur de Montlaur après le siège et la prise du château par Le Duc de Rohan en 1622 (ADH G1418).

Conservé aux Archives départementales de l’Hérault, le document se présente sous la forme d’une liasse de feuilles de papier manuscrites non reliées. Présenté comme le procès-verbal de l’enquête, le texte établit la requête de dédommagement du seigneur de Montlaur pour les dommages subis par son château de Montlaur lors des troubles religieux.

Les circonstances de l’attaque menée par le Duc de Rohan sont précisées : on trouve ici le revers de la position stratégique du château situé au cœur du conflit, entre Nîmes et Montpellier, tenu par un seigneur fidèle à la foi catholique et au roi de France. Ce dernier avait enjoint le seigneur de Montlaur de mettre à son service son château et ses hommes et d’y accueillir pour renforcer les défenses une garnison de 80 hommes de pied. Le seigneur de Montlaur ayant en tout point apporté son concours aux troupes royales se trouve ruiné lors de la prise de son château, lui-même étant pris en otage, retenu au château de Sommières et rançonné.

Ce document présente un intérêt majeur pour l’étude du château : il en donne un descriptif à la date du procès donc à la fin des troubles religieux. Ce descriptif doit appuyer la requête de dédommagement de François de Bousquet, il est donc important d’estimer l’état des lieux et les dommages subis. Les témoins appartiennent indifféremment aux deux confessions, certains prêtent serment sur les saints évangiles, d’autres la main sur le cœur comme appartenant à la religion prétendue réformée ; si on peut supposer une certaine partialité de la part des témoins catholiques, la présence en nombre équivalent de témoins protestants garantit un équilibre.

Il est curieux de voir se répéter à travers les témoignages l’image d’un château rasé sur ordre de Rohan alors même que ceux des témoins qui s’y rendent après les évènements le trouvent encore debout. Cette emphase sur les destructions militaires est monnaie courante dans les textes et il faut bien se garder de la prendre au pied de la lettre : que le château ait été pillé et en partie brûlé ne fait aucun doute, et il aura suffit que les troupes de Rohan créent une brèche à la muraille et abattent quelques pans de murs pour que les chroniqueurs du temps le considèrent comme rasé. Le pillage des biens, meubles, vaisselles, papiers, le coût élevé d’entretien des troupes royales et le règlement de la rançon supportés par le seigneur de Montlaur dans ces troubles ressortent également fortement du texte, Montlaur ayant perdu près 60 000 livres dans cette mésaventure.

L’intérêt de cette pièce pour l’étude architecturale du château tient dans les descriptions faites par les différents témoins, appelés pour justifier des dégâts causés aux biens du seigneur : plusieurs de ces témoins décrivent le château avec de nombreux détails, en particulier un certain Didier Laguiole, architecte, qui s’est rendu à Montlaur à la demande de François de Bousquet. Laguiole précise que sa visite avait pour but de donner avis sur des réparations que François de Bousquet voulait faire à son château, sa visite se situant entre l’attaque de 1563 et celle de 1622.

« Didier Laguiole, maître architecte (…) je fus prié par le seigneur de Montlaur de m’y vouloir transporter jusqu’à son château de Montlaur pour communiquer et lui donner avis sur certaines réparations qu’il avait volonté de faire à son château, où étant j’avais soigneusement et particulièrement visité le dit château tant dedans que dehors, lequel je vis composé de trois cours et corps de logis à chacun desquels j’y avais vu salle et diverses chambres ou offices étant entièrement voûtés ou planchés de bonnes voûtes et plancher aussi des fenêtres croissées comme il appartient à un beau bâtiment (…) »

La mention de fenêtres « croissées » est des plus intéressantes, il s’agit bien sûr des baies à meneaux et croisillons encore visibles aujourd’hui et cette mention, par un homme de l’art, nous permet de savoir que la partie résidentielle de style renaissance du château existait déjà lors de la visite de Laguiole. Cette datation est importante car on aurait pu penser que la partie de style renaissance du château serait une reconstruction postérieure aux troubles religieux. Le témoignage de Laguiole permet d’affirmer qu’il n’en est rien et que le bâti renaissance est bien antérieur à 1622.

La mention de trois corps de logis donne une image imposante du bâtiment, que l’on peine à calquer sur la ruine existante : si le membre sud constitue sans nul doute un des corps, l’aile orientale un deuxième, quoi qu’aujourd’hui fort réduit, la restitution du troisième corps de logis est plus délicate : s’agit-il de l’aile occidentale, comprenant la chapelle et la cuisine, le corps de logis lui-même n’étant situé qu’à l’étage ou faut-il imaginer une aile fermant le bâtiment au nord ?

Les cours, si on les considère comme les espaces délimités par le bâtiment et les enceintes, se laissent plus facilement deviner mais la déclaration même de François de Bousquet complique le repérage. « Dit que leur maison était belle et soigneusement construite, ayant trois corps de logis chacun avec sa cour et ayant trois étages et six chambres à chacun (…) » Ces cours devraient alors être des espaces contigus à chaque corps de logis et indépendants les uns des autres, ce qui suppose une série de murs de séparation à l’intérieur même de la première enceinte.

Les trois étages mentionnés par François de Bousquet à chaque corps de logis ne sont pas toujours identifiables compte-tenu de la conservation des élévations, mais ils sont attestés par les baies et les trous de boulin au sommet des murs dans la partie sud et ouest du bâtiment.

Les enceintes et défenses sont aussi mentionnées dans les témoignages, comme le rapporte Didier Laguiole « et de plus avais vu deux grosses et hautes tours (…)et créneaux et mâchicoulis et le château était entouré dans forte et épaisse muraille avec diverses petites tours » auxquelles François de Bousquet ajoute quatre tours et un fossé avec pont-levis.

La « forte et épaisse muraille » est encore perceptible dans sa quasi-totalité et porte en effet plusieurs petites tours, de même qu’une des deux « grosses et hautes tours », la tour sud, membre de la deuxième enceinte, qui présente en effet un aspect massif et élevé ; la deuxième tour devrait être localisable mais il faudra une exploration en règle des ruines du château et des enceintes pour la situer avec exactitude.

C’est donc un édifice étendu et puissamment défendu que décrit ce document, ébauchant l’image d’un château assez vaste, pourvu d’une capacité d’hébergement importante, et richement meublé. Aucune évocation n’est faite dans les textes des maisons actuellement en ruines qui entourent le château, tant dans la basse cour que dans le hameau développé en contre-bas autour d’un bâtiment considéré comme la ferme du château. Ces ruines, dont certaines ont été transformées et sont actuellement habitées viennent corroborer cette l’image de puissance donnée par la description du château, dont le service devait exiger une main d’œuvre importante.

Les archives concernant Montaud et Montlaur conservées aux ADH ne contiennent pas d’autre information sur le château. Renseignements pris auprès des Archives départementales du Maine et Loire, où une partie des archives de la famille de Montlaur a été déposée, aucune des pièces en dépôt à Angers ne pourrait compléter cette étude ; cette information sera vérifiée ultérieurement par une visite aux archives du Maine et Loire que je n’ai pu réaliser à ce jour.

Articles du chapitre :

II.1 Documents médiévaux

II.3 Documents iconographiques


Commande et propriété de la Conservation Régionale des Monuments Historiques, DRAC Languedoc, mise en ligne par autorisation du CRMH, reproduction et copie interdites.





Back to top