III. 6 La chapelle

Située à l’angle sud-ouest du château, la chapelle, orientée est-ouest, s’appuie sur le corps de bâtiment principal par son chevet (fig 7) et (fig 43). D’aspect extérieur, elle offre un plan rectangulaire quelque peu irrégulier, formant saillie sur le flanc ouest du château.

En dehors du clocher surplombant la façade occidentale, rien ne signale la fonction de l’édifice de l’extérieur, murs et baies ne portant aucune sculpture ni ornement. On y accède par une simple porte rectangulaire d’assez faibles dimensions (1,30m de large) percée dans la partie sud de la façade occidentale.

On remarque au-dessus de cette porte la présence d’une pierre rectangulaire de calcaire tendre dont la surface a été martelée, l’inscription ou l’ornement ne pouvant être deviné.

Le mur nord est actuellement masqué par une végétation très dense, son analyse demeurant incomplète. On y remarque cependant deux appareils distincts, l’un à l’angle ouest et en partie inférieure composé exclusivement de petits moellons de calcaire froid gris, provenant visiblement du même banc, soigneusement équarris et jointoyés au mortier, l’autre dans le reste du mur, faisant intervenir deux variétés distinctes de calcaire, dont un d’aspect marneux et de teinte ocre

Dans la moitié inférieure de la façade occidentale on remarque une rupture de construction très nette dans l’axe médian du mur. La moitié nord est bâtie exclusivement en petits moellons de calcaire froid soigneusement agencés dans sa partie basse, sans chaînage avec la moitié inférieure sud. Cette partie inférieure sud est bâtie dans un appareil plus irrégulier, utilisant au moins deux variétés de calcaire froid, l’un gris l’autre ocre, et des blocs quadrangulaires de calcaire tendre.

C’est ce même appareil mêlé qui est mis en œuvre dans la partie supérieure de l’élévation de l’ensemble de la façade. De plus la façade n’est pas rectiligne mais présente un angle de 10° vers l’est au point de contact entre moitié nord et moitié sud. L’hétérogénéité des deux parties de cette façade témoigne clairement d’une construction en deux temps, la majeure partie de la façade s’appuyant sur un bâti plus ancien, conservé uniquement à l’angle nord-ouest du bâtiment.

Le sommet de l’élévation de cette façade accueille dans sa partie centrale un œil de bœuf donnant jour à l’intérieur de la chapelle. Autour de cette baie ovale, le mur présente également des traces de reprises de construction, témoignant de l’existence d’une baie antérieure plus vaste, peut-être rectangulaire, démontée et murée pour être remplacée par l’œil de bœuf.

Le mur sud de la chapelle présente le même appareil mêlé de calcaire froid gris ou ocre. Une tour carrée, la tour 1, forme saillie au sud, cette tour est chaînée au mur. Ceci témoigne d’une construction contemporaine de ce mur et de la tour, la base de cette dernière étant pleine et parfaitement englobée dans la construction. Tout comme dans la façade occidentale, le plan de cette façade sud n’est pas rectiligne, il présente, à partir de l’angle oriental de la tour, un angle de 20° vers le nord

Deux baies rectangulaires hautes et étroites s’ouvrent dans ce mur, de part et d’autre de la tour, la baie orientale porte un linteau monolithe évidé en cintre.

Le contact entre le mur de la chapelle et la façade sud du corps de logis principal, actuellement masqué, devra être revu après débroussaillage. La présence sur la carte postale de 1900 (fig 3) de la maison dite du berger ne permet pas d’utiliser ce document.

La chapelle offre une surface de 110m2, divisée en deux parties, chœur et nef, par un mur bahut (fig 44). De l’intérieur, l’aspect irrégulier du plan est très nettement perceptible, suggérant la réunion de deux bâtiments distincts ou tout au moins une adaptation forcée à un bâti préexistant.

L’axe du chœur diverge de 20° de l’axe de la nef, la rupture se situant à la séparation des deux. On retrouve ici, exprimée dans le plan, l’idée de deux phases de construction distinctes lisible dans la rupture de la façade ouest.

Elle est couverte d’une voûte en cintre adaptée à l’irrégularité du plan. La chapelle est éclairée par trois baies percées dans la voûte, l’appui des baies se trouvant à la naissance de cette dernière. L’une d’elles, percée dans le mur sud, éclaire dans le chœur, les deux autres prennent place de part et d’autres de la nef. La baie du mur nord est murée en grande partie murée et totalement aveuglée.

La baie du chœur, comme celle du mur sud de la nef présente un ébrasement intérieur important sur ses quatre pans, favorisant l’entrée de la lumière malgré l’étroitesse extérieure de ces baies. Cet éclairage latéral est complété par l’œil de bœuf ouvert en façade sud, lequel remplace une baie plus vaste comme on peut le constater dans la maçonnerie extérieure de la façade. On note que cet œil de bœuf prend place dans un encadrement rectangulaire ébrasé.

Dans le chœur, un autel de pierre de style renaissance, dont il ne subsiste que la table s’appuie sur le mur oriental. Cet autel devait être surmonté d’un retable de grande taille si on en juge par l’empreinte visible dans l’enduit mural. A droite de l’autel, une petite niche rectangulaire creusée dans le mur de chœur pourrait faire office de tabernacle malgré sa petite taille ; elle voisine avec un placard rectangulaire de plus grande taille, percé dans le mur sud, qui devait abriter les objets du culte.

Dans le chœur, la maçonnerie met en œuvre un calcaire froid et gris exclusivement, qui n’est pas sans évoquer l’angle nord-ouest de la nef ainsi que le parement du mur sud de la salle G. Cette maçonnerie n’apparaît que dans la partie basse du mur jusqu’à la naissance de la voûte et se distingue de celle mise en œuvre dans la nef où on retrouve le mélange de calcaires froid gris et ocre et de calcaire tendre observés dans les parements extérieurs. Appui sur un mur plus ancien ou antériorité de cette partie de la chapelle ? Cette question demande un prolongement de l’analyse par le dégagement des murs du chœur de tout enduit et la réalisation d’éventuels sondages dans leur épaisseur.

Percée dans le mur nord, et bâtie dans cette même maçonnerie de calcaire gris une niche cintrée, évoque plus une porte partiellement murée qu’un placard liturgique. On y observe quelques traces de ciment gris montrant une intervention récente à cet endroit. Il conviendrait d’y opérer un décapage et éventuellement un sondage pour vérifier l’hypothèse d’une communication de la chapelle avec le château de ce côté.

Le mur bahut séparant le chœur de la nef n’a probablement d’origine que son emplacement. Il semble que toute sa partie nord a fait l’objet d’un remontage récent, qui daterait du tournage du téléfilm « Maurin des Maures » réalisé en partie à Montlaur dans les années 1970. La partie sud de ce mur est conservée mais très suspecte tant sa maçonnerie paraît grossière. Entre les deux membres de ce mur, un degré marque l’accès au chœur.

Le sol de la chapelle, pavé de pierres de calcaire tendre massives, ne livre aucune trace d’inscription funéraire ou d’emplacement de sépulture ; ceci devra être vérifié à la fouille, l’élection de sépulture dans cette chapelle ayant pu être faite par les seigneurs du lieu, comme on le sait de François de Bousquet au XVIIe s. Gaston Baissette signale une stèle épigraphiée dans un article publié en 1975 : « (…) A l’intérieur de la chapelle se trouve une stèle. Elle est en marbre veiné de vert, peut-être extraite des carrières de Montferrier. Ci-git Jean de Bosquet, docteur en théologie sacrée, chanoine en la cathédrale de Montpellier, abbé de Franquevaux (…). François de Bosquet, baron de Montlaur, en témoignage d’amitié insigne et fraternelle, éleva ce monument en 1618. » ( Baissette 1975). Cette stèle a disparu.

Les murs de la chapelle ainsi que la voûte ont conservé une grande partie de leur enduit mural. Dans le chœur on remarque à la naissance de la voûte une large bande horizontale de peinture noire. Cette bande de peinture, dite liste, s’observe dans les églises dans lesquelles des actes de violence ont été commis, le meurtre dans l’espace consacré constituant une profanation. Il en subsiste de nombreux exemples en Auvergne, où les enduits intérieurs des églises sont fréquemment conservés. Cette liste a probablement été apposée après les épisodes meurtriers des troubles religieux, lors d’un rituel de purification.

Dans la nef, à la clé de la voûte, dans une zone où l’enduit est tombé on remarque une pierre portant une inscription sur deux lignes [..]DELAVAL / PRIOR1639. Cette inscription est faite en miroir. Faut-il y voir la date de construction de la chapelle ? Cette date paraît très tardive, postérieure aux troubles religieux ; mais on pourrait l’accepter, en prenant en compte les observations faites en façade sud. La chapelle actuelle pourrait avoir remplacé tardivement une chapelle plus ancienne, peut-être partiellement détruite lors du conflit avec les troupes de Royan. Le chaînage du mur sud de la chapelle avec l’angle sud de la tour T1 entraîne alors la construction de cette dernière dans la période moderne ; là encore, il peut s’agir d’une réfection partielle. La chapelle présente de manière évidente deux phases de construction, la première intéressant le chœur et probablement l’angle nord-ouest de la nef, sans qu’on puisse dans l’immédiat prouver que ces deux parties appartenaient au même ensemble.

La deuxième phase concerne la nef qui pourrait avoir été totalement rebâtie après l’attaque de 1622. La réponse, si elle existe, ne pourra être trouvée que dans l’analyse des contacts d’une part entre la tour et la façade sud et d’autre part du mur nord de la chapelle avec la façade occidentale du château.

Enfin, on notera, entreposés dans la chapelle, la présence de nombreux fragments d’architecture dont l’emplacement d’origine reste à déterminer, tous datables de la période moderne. Un relevé systématique de chacune de ces pièces permettrait sans doute de recomposer l’ensemble auquel elles appartenaient.

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