V Chronologie relative

Le château de Montlaur présente un ensemble architectural complexe, où trois grandes phases de construction se superposent. Au terme de cette étude architecturale, les différentes étapes de construction aboutissant à l’état actuel du château de Montlaur ont pu être en majeure partie comprises. Certains secteurs du château demeurent à explorer après débroussaillage, l’ampleur de la bâtisse et son envahissement par les ronces et la salsepareille m’ayant conduit à faire des choix, en renonçant à une exploration complète irréalisable sans main d’œuvre. De même, il ne faut pas perdre de vue que compte-tenu de l’état de ruine du bâtiment et de sa complexité, seule une campagne de fouille très minutieuse pourra donner une image précise de l’histoire de ce château, une partie des informations étant dissimulée par les effondrements de murs ou par l’accumulation de terre et de ruines.

La présence de murs subsistant à l’état de fondation sous le bâti actuel et lisibles dans les salles A, F et K signale la présence d’une construction de grande ampleur antérieure aux élévations conservées. Le lien d’une de ces fondations avec un type de maçonnerie distinct de l’ensemble, repéré dans la salle A, donne un fil directeur pour suivre ce bâti. Il s’agit des murs 1001, 1002 et 1003, ce dernier présentant un retour en angle partiellement conservé en élévation. A ces murs, on peut ajouter l’ensemble formé par le mur 1004 et le lambeau de voûte 1008. Sur le plan de la stratigraphie, tous ces murs ont été arasés jusqu’à leurs fondations pour céder la place aux élévations médiévales et modernes, ils leurs sont donc clairement antérieurs. Je les place dans une première phase de construction, figurée en rouge sur le plan.

Deux autres ensembles, la salle S et la base de la tour 2 et du mur nord de la cour pourraient appartenir à cette première phase. Pour la salle S, ce sont ses murs épais et sa maçonnerie puissante ainsi que son antériorité à la salle B qui alimentent cette hypothèse. On n’y retrouve pas l’appareil de petits moellons de calcaire froid à joints fins observé dans le mur 1003 (salle A), qui aurait été un argument déterminant. Il conviendra donc de vérifier cette hypothèse par la réalisation d’un sondage archéologique. La tour 2 présente un rapport stratigraphique clairement établi : sa base est antérieure au mur 1005, contemporain de la cuisine. De plus, la reprise de son élévation, chaînée avec le mur ouest de la salle Q est postérieure à la construction de la cuisine, contre laquelle ce mur s’appuie. La base de cette tour T2 appartient donc clairement à une phase ancienne de construction, antérieure à celle de la cuisine et du mur 1005. Inchangée lors de la construction de la cuisine, son élévation a subi de forts remaniements dans un troisième temps, très certainement lors de l’aménagement de la pièce Q, dont le mur oriental, postérieur à la cuisine est chaîné avec la tour. La maçonnerie de la base de cette tour 2 est similaire à celle de la base du mur est de la salle Q, avec laquelle elle est chaînée. La même observation vaut pour le mur nord de la cour. Les fondations et les premières assises d’élévation de la tour 2, du mur oriental de la salle Q et du mur de la cour sont donc contemporaines et antérieures à la construction de la cuisine. Il paraît donc raisonnable de les situer dans la première phase de construction.

Le mur 1007, dans le couloir I demeure difficile à situer. Il est parallèle au prolongement du mur 1001 observé dans la salle G et perpendiculaire au mur 1004 ; son axe et son emplacement sont discordants avec les deuxième et troisième phase. On est donc évidemment tenté de l’attribuer à la première phase, comme je l’ai représenté sur le plan. L’argumentation reste cependant assez faible, rien dans sa maçonnerie ne permettant de le rattacher à la phase ancienne, une fois encore, il faudra avoir recours à la fouille pour comprendre les rapports stratigraphiques de ce mur avec son environnement architectural.

Cet ensemble esquisse le plan d’un premier bâtiment, plan très incomplet et qui pourrait se prolonger d’une part au nord-est, à la suite de la salle S, d’autre part vers la chapelle où mes investigations ont été très limitées par la végétation et les gravats. Si la présence du nom de Montlaur dans l’histoire régionale au XIe s. incline à situer la construction de ce premier bâtiment dans le début du Moyen Age, il faudra attendre la campagne de fouille pour lui donner une datation absolue clairement établie.

Dans une seconde phase, une partie de ce premier bâtiment est rasée tandis que certains murs sont conservés et servent d’appui aux nouvelles constructions. C’est le cas de la cuisine, dont le mur occidental englobe la fondation de la tour 2, alors que l’espace est dégagé sur l’arrière par l’arasement de 1004. L’angle nord-ouest de la chapelle pourrait également appartenir à cette phase, sa maçonnerie ainsi que le raccord visible en façade marquant son antériorité par rapport au reste de la chapelle. Cependant cette hypothèse est émise sous toute réserve, le contact entre le mur de la chapelle et le mur ouest de la cuisine n’ayant pu être observé.

Le mur sud de la salle E offre un argument stratigraphique clair, son élévation s’appuyant nettement sur un mur plus ancien (1002). Cette salle ne peut donc appartenir à la première phase. La reprise de sa façade sur cour ainsi que la condamnation d’une porte dans son mur occidental montrent que cette pièce a subi des remaniements. Je la situe dans la deuxième phase, car ces remaniements ont un lien étroit avec l’escalier et l’aspect des baies qui eux appartiennent clairement à la troisième phase. Il faut noter l’épaisseur impressionnante du mur séparant les salles A et E, épaisseur qui pourrait résulter de l’accolement de deux murs : là encore, seul un sondage pourrait éclaircir le rapport stratigraphique entre les deux.

La salle B et le couloir C sont contemporains, ce dernier étant postérieur à la salle S qui appartient à la première phase. De plus, comme le montre la rupture verticale dans la façade est, la salle B est clairement antérieure à la troisième phase. Cette salle se situe donc nécessairement dans la deuxième phase de construction.

Cette deuxième phase témoigne donc d’un remaniement important du château, avec la construction de la cuisine ; il est difficile de déterminer si les murs 1001 et 1003 ont été arasés dans cette phase, le mur 1002 a lui été en grande partie démonté, la partie inférieure de son élévation servant de soubassement au mur sud de la salle E. On peut, malgré le manque d’arguments chronologiques, la situer dans le Moyen Age, sans grande précision en attendant une fouille.

La troisième et dernière phase de construction concerne le corps de logis principal ainsi que la chapelle et la reprise de l’élévation de la tour 2. Le corps de logis principal, élevé sur deux niveaux, se superpose clairement aux deux phases précédentes. Le mur 1001 disparaît au profit de la cage d’escalier ; l’accès vers la salle E est obstrué par la pose du parement de ce même escalier ; les murs intérieurs de la salle G sont plaqués d’un nouveau parement et deux baies à coussièges y sont ouvertes ; le mur 1006, destiné à supporter la grande salle H à l’étage est élevé au détriment de l’angle sud est de la cuisine ; le mur 1003 cède la place à la salle A qui s’accole à la salle B ; l’élévation de la tour 2 est reprise, incluant la circulation vers la salle P à l’étage de la cuisine : porte d’accès à l’étage de la tour, mur accolé à la cuisine fermant la salle Q à l’ouest et supportant un passage vers la porte de la salle P ; à l’est le mur fermant la cour intérieure est relevé sur un soubassement ancien, dans une maçonnerie plus légère incluant une porte. Cette troisième phase intéresse donc la majeure partie du château. Elle est de plus caractérisée par la mise en œuvre de baies à meneaux et croisillons, d’un portail à fronton et de bandeaux moulurés rythmant la façade et soulignant la voûte de l’escalier. Ces ornements sont tous de style renaissance. Le procès-verbal de l’enquête de 1625 confirmant l’existence de ce bâtiment avant la canonnade de 1622, cette troisième phase peut sans hésitation être attribuée au XVIe s.

Au terme de cette étude, il est établi que le château de Montlaur a fait l’objet de trois phases de construction successives, les deux premières se situant dans le Moyen Age, la dernière au XVIe s.

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